Souvent abordé sous l’angle de la performance fiscale, le dispositif Girardin repose avant tout sur un cadre juridique strict et une vocation de développement économique ultramarin
Lorsqu’un mécanisme de défiscalisation est traité comme un simple produit financier, il perd inévitablement sa raison d’être. Le dispositif Girardin n’a jamais eu vocation à maximiser les marges des monteurs de dossiers, mais bien à soutenir le développement économique des territoires ultramarins. Encore faut-il que les conseillers en gestion de patrimoine en maîtrisent pleinement la philosophie avant de le proposer à leurs clients.
Le présent article a pour objet d’exposer les principes juridiques et fiscaux du dispositif Girardin.
Il est publié à titre purement informatif et ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation personnalisée.
Un dispositif strictement encadré par la loi
Le Girardin repose sur un cadre juridique précis, conçu pour orienter l’épargne privée vers des investissements productifs en Outre-mer. À travers une présentation synthétique de ses mécanismes, cet article revient sur les bases légales du dispositif, les objectifs poursuivis par le législateur et les limites qu’il impose, dans une démarche exclusivement pédagogique.
Le cadre légal : des règles claires, souvent ignorées
Depuis l’origine, la loi – notamment à travers les articles 199 undecies B et C du CGI – impose aux opérateurs de rétrocéder une part significative de l’avantage fiscal aux exploitants ultramarins, comprise entre 56 % et 70 %.
Concrètement, seuls 30 % à 44 % de l’avantage fiscal peuvent servir à couvrir les frais de montage et à assurer l’équilibre économique de l’opération.
Cette contrainte a une conséquence directe : pour l’investisseur métropolitain, le gain réel dépasse rarement 10 à 14 %, même dans des dispositifs présentés comme « optimisés ». Lorsque ce rendement est sensiblement supérieur, la prudence s’impose.
C’est là que réside une confusion persistante : le Girardin continue d’être analysé sous l’angle du rendement financier, alors que, dans l’esprit du législateur depuis 1986, il s’agit avant tout d’un outil de soutien au développement productif ultramarin, et non d’une niche fiscale à performance.
Une demande croissante face à une offre de plus en plus contrainte
En 2025, la recherche de solutions de réduction d’impôt atteint un niveau inédit.
Pourtant, parallèlement, le nombre de projets Girardin réellement éligibles et juridiquement solides diminue d’année en année, sous l’effet combiné :
du durcissement progressif des textes ;
de contrôles administratifs renforcés ;
et d’une concurrence accrue entre opérateurs, qui pousse certains à privilégier le volume au détriment de la qualité.
Dans ce contexte, la vigilance des CGP est essentielle. Un dispositif rare et fortement encadré attire mécaniquement des offres à la limite du cadre légal, voire des présentations biaisées, où la réalité économique du projet ultramarin est éclipsée par la promesse fiscale.
Recommander sans discernement expose non seulement les clients, mais aussi la responsabilité professionnelle du conseiller, à des risques juridiques et fiscaux désormais bien réels.
Plus que jamais, il est indispensable de s’appuyer sur des opérateurs expérimentés, solidement établis, capables de démontrer la traçabilité des fonds et l’utilité productive effective des investissements proposés.
Pour les CGP : comprendre avant de prescrire
Le rôle du conseiller en gestion de patrimoine a profondément évolué. Il ne suffit plus de comparer des taux ou des gains théoriques : il est impératif de comprendre la nature exacte des dispositifs Girardin, leurs finalités réelles et leurs impacts concrets sur les territoires bénéficiaires.
Avant toute recommandation, plusieurs questions doivent être posées avec lucidité :
Quel est l’objet réel de l’investissement financé ?
Répond-il à un besoin économique tangible ou s’inscrit-il dans un schéma essentiellement financier ?
Qui bénéficie effectivement de l’opération ?
Et surtout, quelle empreinte durable laisse-t-elle sur le territoire ultramarin concerné ?
Quand la logique financière dévoie le dispositif
Les affaires récentes ont largement contribué à dégrader l’image de la défiscalisation outre-mer.
Dans le secteur du logement, l’affaire CAPIOM, encore en cours, a mis en lumière les dérives possibles d’une défiscalisation industrialisée, menée au détriment de la rigueur juridique et de la viabilité économique des projets.
Côté industriel, le rapport de l’Inspection générale des finances publié en juillet 2023 a révélé des montages reposant sur des équipements importés – notamment des chauffe-eaux solaires venus de Chine ou de Grèce – dont l’éligibilité était déjà très contestée. Ces pratiques ont conduit le législateur à exclure purement et simplement cette catégorie d’investissements dans la loi de finances pour 2024.
Ces dérives ont un dénominateur commun : une approche exclusivement financière, coupée de la réalité productive des territoires. Un rappel salutaire, à l’heure où certaines offres séduisantes sur le papier s’éloignent dangereusement de la vocation initiale du dispositif.
Girardin Agricole : une alternative fondée sur l’utilité
À rebours de ces excès, le Girardin Agricole a développé, depuis 2011, un modèle radicalement différent, fondé sur l’utilité économique, la traçabilité des investissements et leur durabilité.
Il constitue aujourd’hui un exemple d’économie solidaire maîtrisée, démontrant qu’il est possible de concilier efficacité fiscale et impact réel. En 2026, il célébrera 15 ans d’engagement au service de la filière agricole guyanaise, avec un bilan sans équivalent :
un cadre juridique robuste, exclusivement structuré en SAS, reposant sur des aménagements fonciers temporaires (pistes agricoles, canaux de drainage) ;
une répartition transparente et conforme à la loi de l’avantage fiscal, respectueuse à la fois des contribuables et des agriculteurs bénéficiaires ;
une sécurité juridique complète, validée par Bercy et jamais remise en cause en quinze années d’existence.
Mais au-delà des chiffres, c’est surtout une philosophie différente qui prévaut :
l’investissement n’est pas une finalité, mais un levier au service de la structuration durable et de la professionnalisation des exploitants.
Une méthodologie au service du développement local
Le Girardin Agricole s’appuie sur une approche méthodologique à l’opposé des logiques de produits financiers standardisés :
suivi annuel sur le terrain des exploitations soutenues ;
collecte d’indicateurs économiques pour évaluer l’efficacité réelle des investissements ;
accompagnement et formation des agriculteurs dans la gestion de leurs infrastructures ;
traçabilité complète des fonds et contrôle pédagogique des travaux réalisés.
C’est cette exigence méthodologique et cette volonté de démontrer l’utilité concrète des programmes qui font aujourd’hui du Girardin Agricole l’un des modèles les plus éthiques et les plus pérennes de la défiscalisation ultramarine.
Conclusion : remettre la défiscalisation à sa juste place
La défiscalisation n’a de sens que si elle reste un outil au service de l’économie réelle, et non un vecteur de spéculation.
Le Girardin Agricole en apporte la preuve : quinze années de déploiement, plus de 1 200 projets accompagnés, des exploitants mieux structurés et une filière agricole durablement renforcée.
Le chemin est encore long, mais une direction claire se dessine : celle de la transparence, de l’utilité productive et du respect de l’esprit de la loi.